L'été avait été particulièrement sec. La végétation de la lande avait blondi sous les rayons impitoyables d'un soleil décidément trop prolixe. La nature avait voulu minimiser ses contrastes en offrant à Jean-Yves une apparence de climat plus en harmonie avec celui qu'il venait de quitter.
Il fit le tour de son domaine retrouvé. Apparemment, sa femme prodigue n'était pas revenue. Il l'avait espérée, un instant, mais seul le silence singeant les herbes folles du petit jardin, envahissait son environnement familier. Après quelques hésitations, il poussa la porte d'entrée. La grande pendule, en l'attendant, avait continué d'égrener les heures et lui offrit le tic-tac réconfortant de sa fidélité. Il tourna un long moment en rond dans la grande pièce, comme s'il ressentait le besoin de se refamiliariser avec les lieux, en se laissant le temps de retrouver ses repères.
Un goéland, dérangé dans ses quêtes de rapines, regagnait les sables de la grève, en exprimant à sa façon sa colère. Jean-Yves, encore sous l'emprise de ses souvenirs de voyage, avait du mal à reprendre pied dans la réalité. Il ressortit et s'assit sur le vieux banc de pierre vissé contre le mur de sa demeure: c'était un endroit où il aimait venir rêver.
Il repensa à cet ermite, solitaire comme lui, passerelle disponible entre la réalité d'ici-bas et le mystère envahissant d'une Présence incontournable. Il éprouvait le besoin de s'identifier à lui. Il devint pour un instant le Talamos de la lande. La grotte de Calloé avait pris l'apparence de sa maison de granit. Comme elle, elle n'avait pour seul horizon que l'immensité de la mer et, au-dessus, le ciel changeant des Côtes d'Armor, qui lui rappelait les mouvances de son esprit perturbé.
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Si une force invisible s'était permise de repousser les limites de ses racines profondes, n'était-ce pas pour l'inciter à mieux se découvrir ? Elle semblait l'inviter à reformer les maillons de la chaîne lancée entre la révélation de sa vie antérieure et son existence présente. C'était un travail qu'il avait envie d'entreprendre. Le chemin serait long, mais nécessaire, s'il voulait lever le voile sur ses interrogations. Il avait tout à coup l'impatience de mieux se connaître En agissant ainsi, n'allait-il pas trouver le véritable chemin de l'amour ? Cyrénée lui avait tendu les bras. Irène était venue troubler son âme, au-delà de toutes ses espérances. La femme à aimer avait désormais un autre visage. S'il voulait la conquérir, il ne fallait surtout pas rater son approche.
L'écheveau de ses pensées avait commencé à se dérouler. Il allait en tirer le fil jusqu'à l'attache cachée qui le retenait à son "ego" mystérieux.
Ses yeux s'égaraient sur les fluctuations de la lande : cette terre toute imprégnée des marques de ses ancêtres. Encore enfant, il aimait à y revenir au moment des vacances. Il y retrouvait alors les senteurs marines de la grève, l'odeur envahissante de la boulangerie du bourg, où les grands pains ronds au levain, alignés comme à la parade sur les éventaires, attendaient sagement d'être immolés à la convoitise du chaland. Il aimait les blanches coiffes bretonnes, coquettement campées sur la tête des vieilles, frémissantes sous la brise venue du large, comme des pétales de marguerites C'était le pays de son père, donc, par extension, c'était aussi le sien. Le vieux clocher trapu curieusement prolongé de sa pointe effilée, l'avait invité à se lover dans le gris de son ombre. Séduit par cette terre presque natale, par le charme de la maison de la pointe et par le jupon un peu trop léger de la fille du maître de "Bon Abri", Marie-Hélène, il avait décidé d'y replanter ses racines.
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Au gré de ses rêveries, il se rattachait aux bribes de ses souvenirs. Sans trop savoir pourquoi, les unes prenaient plus d'importance que les autres. Alors, il s'y arrêtait avec complaisance. Ainsi, il se remémorait le vieux curé du bourg qui l'avait hébergé au temps de l'exode, aux premiers mois de la guerre, la maison familiale étant trop exiguë pour abriter tout son petit monde La curieuse ambiance du presbytère l'avait attiré plus que de raison. C'était une impulsion bizarre qui le poussait vers des dévotions prématurées. Il sentait monter en lui l'attrait de choses divines, en calquant ses aspirations sur celles de son hôte. C'était peut-être cette ambiance qui l'avait mené à l'idée de se faire prêtre. L'ambiance familiale y était aussi pour quelque chose.
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C'était un après-midi d'automne qui marquait de son empreinte grise et frileuse une rentrée des classes bien particulière. Jean-Yves et sa mère attendaient d'être reçus, assis dans le parloir du Petit Séminaire.
On pouvait apercevoir, au travers des grandes baies vitrées, les nuages bas qui défilaient dans un ciel tourmenté. Les marronniers de la cour s'ébrouaient de leurs feuilles périmées, jaunies par les premiers frimas. Il régnait dans cette vaste pièce une atmosphère lourde d'ennui. Contre le mur du fond, le Grand Crucifié étendait les bras, comme pour attirer d'éventuelles recrues vers le "Sacrifice Suprême". Jean-Yves se taisait. Dans sa tête se bousculaient des impressions contradictoires. Il était à la fois heureux d'être là et terriblement affecté par le caractère sinistre des lieux. A la dérobade, il regardait sa mère murée dans une attitude compassée et impénétrable. Le Sphinx était insensible aux oracles de la Pythie. Elle était là, tout simplement, drapée dans son indifférence, obéissante et soumise. Dieu avait réclamé son fils ? Elle en acceptait le sacrifice et l'accompagnait au pied de l'autel de l'immolation, sans sourciller. C'était pourtant un geste d'amour qu'elle accomplissait. Alors, pourquoi ne tentait-elle pas d'extérioriser ses sentiments profonds ? Toujours cette même froideur ! Au moins en ce jour si particulier, ne pouvait-elle pas laisser filtrer quelques molécules de tendresse ? C'est vrai qu'elle n'avait jamais été le genre de femme à se livrer à des marques d'affection ! Il s'en sentait frustré. Dans son costume bien propre et bien austère de postulant au sacrifice, il calquait sur sa mère une même rigidité désolée.
Peut-être est-on quelque peu injuste dans nos jugements, lorsque nous sommes encore enfants. Mais ne nous leurrons pas : notre façon de penser fait sournoisement son chemin, pour aller définitivement se terrer au plus profond de notre subconscient qui a la propriété de tout engranger, sans discrimination et sans état d'âme (si l'on peut s'exprimer ainsi!). Alors, il ne faut pas s'étonner que la trame tenue de nos convictions devienne la maîtresse de notre comportement. Ceux qui allaient "prendre en charge" l'éducation de Jean-Yves, le savaient bien. Ils allaient avoir le pernicieux pouvoir de modeler son âme à leur convenance Ils en connaissaient parfaitement le mode d'emploi. Il en va ainsi dans toutes les religions et c'est lamentable ! De quel droit peut-on se substituer au libre-arbitre de son prochain ?
L'ancien ermite de Patmos rentrait en religion sous les traits de cet adolescent perturbé. Si l'un avait connu quelques instants d'amour, dans les bras de Cyrénée, tout en restant en harmonie avec ses aspirations spirituelles, l'autre ne pourrait jamais le suivre sur le chemin qu'il avait décidé d'emprunter, balisé de toutes les interdictions charnelles. Le mal était en route : rien ne pourrait désormais en modifier le cours.
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L'épicière du bourg s'était une fois de plus attardée au Tertre Kaloen. Sans doute quelques appétits féroces l'avaient-ils poussée à rejoindre cet amant épisodique, qu'elle aimait bien réchauffer au creux de son giron. Elle le trouva, à son grand désespoir, terriblement changé. Quelle Gorgone, au cours de son voyage, avait transformé son bouillant partenaire en une froide statue de pierre ? Il avait perdu ses élans spontanés qui les laissaient jadis, après chaque étreinte, étourdi de plaisirs. Aujourd'hui, il était dans ses bras simplement content de s'y blottir, mais la flamme du désir ne faisait pas briller ses yeux. Elle avait beau user de tous les stratagèmes, qui sont l'apanage des grandes amoureuses (là-dessus, on pouvait lui faire confiance, elle n'avait pas son pareil), il restait simplement gentil, mais pas du tout entreprenant.
- Que s'est-il passé durant ton voyage ? Tu es revenu complètement changé. Tu n'as plus envie de moi ?
Jean-Yves regardait cette femme offerte. Elle était pourtant nue sur le grand lit de la chambre, parfaitement désirable : les seins en mouvance, gonflés par le désir d'être prise, les cuisses relevées et ouvertes, en attente de le recevoir. Déjà s'exhalait, de son corps en éveil, le parfum excitant de ses senteurs de femme au seuil de la reddition. Malgré cela, l'orgueil du sexe de l'homme avait choisi l'humilité. Il en était à la fois honteux et indifférent. Ce n'était pas dans ses habitudes de déclarer forfait. Son esprit était ailleurs.
Une apparition auréolée de lumière se découpait dans l'entrée d'une grotte. Elle s'appelait Cyrénée ou Irène. Ange gardien jaloux de ses désirs d'homme, il interdisait la conquête de cette femme trop facilement accessible. L'amour avait ses exigences ou peut-être ses lois. D'une main distraite, Jean-Yves caressait sans conviction le ventre de sa maîtresse : il y avait dans son geste une lassitude évidente. L'amour s'était focalisé sur le fantôme de ses rêves érotiques ou sur des désirs plus proches encore inassouvis.
- Je suis bien avec toi !
C'est du moins ce que l'on dit, en matière d'excuse, lorsque le processus habituel du coït ne se déclenche pas.
- Tu n'as plus envie de me faire l'amour ?
Une tunique blanche, serrée à la taille par un cordon d'argent, virevolta à la limite de son inconscient. Des cuisses de sauvageonne s'ouvraient sur une intimité exigeante. Les reins cambrés, son amour de toujours réclamait son comptant d'orgasmes. Fou de désir devant cette image, il se rua sur la femme en attente qui quémandait son dû. Dans son esprit, la confusion était totale. Il la prit avec violence, comme on prend un amour vénal de passage, pour ne pas gaspiller l'argent de la prestation. Au moment d'atteindre le point de non-retour, il ferma les yeux pour mieux se concentrer sur le visage étonné d'une jeune bergère recevant l'hommage de son amant pour la première fois, dans l'ombre rassurante de Calloé.
L'épicière du bourg ne comprit rien à la chose. La lande répercuta ses cris de plaisir. Apparemment comblée, elle partit à la cueillette de ses vêtements éparpillés aux quatre coins de la pièce, se rhabilla, jeta un oeil plein de reconnaissance à l'auteur de ses bouleversements et repartit un peu plus loin vendre sa marchandise.
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Tout en reprenant ses esprits, Jean-Yves pensait à Irène. C'était un amour "à la dérobade". S'il en acceptait le fait, il le devait à son tempérament. Il avait tendance à trouver la satisfaction dans les préludes, avec cette impression de goûter le maximum de jubilation dans les rêves jamais atteints. Il le devait certainement à cette notion d'Espérance, dont on l'avait gavé durant toutes ses années de Séminaire. C'était un joli sentiment, mais il avait bien souvent une connotation malsaine. Sous ce terme apaisant, se cachait sournoisement l'attirance excessive du sacrifice. Souffrir ! Souffrir pour accéder au bonheur suprême ! Le masochisme de la religion catholique ! Quand vous prenez une gifle, surtout, surtout n'oubliez pas de tendre l'autre joue ! Cela vous apportera une souffrance nouvelle porteuse de toutes les promesses. La frustration, que lui imposait Irène, allait bien dans ce sens. Un autre que lui aurait brisé l'attente, aurait forcé les lèvres qui se refusaient aux siennes, persuadé que son audace était le seul remède à cet amour en fuite.
Il n'avait pas envie de se révolter. Il savait, tout au fond de lui-même, que son amour pour Irène n'était pas un amour comme les autres. Il était le prolongement d'une initiation malheureuse qui avait dépassé le temps, pour se poursuivre dans cette vie sous cette forme platonique. Cette passion était trop fragile pour être brusquée, trop intense pour ne pas lui concéder l'hommage du sacrifice Au fond, Jean-Yves avait été bien préparé à accepter ce caprice du destin. Merci les calotins de service ! Merci les Pharisiens du Temple ! Merci, mon Dieu, pour cette souffrance nouvelle.
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Les goémons de la grève alourdissaient les roches basses de la falaise. A chaque coup de rein de la vague déferlante, ils se pliaient, échevelés, sous la menace, pour enfin libérés, redonner à la mer le trop plein de leurs sanglots. Jean-Yves regardait d'un oeil distrait cette nature sauvage. Aujourd'hui, il avait choisi, pour sa promenade quotidienne, le petit sentier qui serpentait à l'aplomb des rochers livides d'écume. Là, il était certain de ne pas être dérangé par un quidam en mal d'explorations : l'endroit était trop dangereux. Ainsi, il traquait la solitude aux quatre coins de sa terre sauvage, certain de réentendre la petite voix intérieure qui ne pouvait s'exprimer que dans le silence et le recueillement.
A chaque fois, c'était une autre découverte, un autre discours qui le ramenait au temps déjà lointain de ses premières rencontres avec lui-même. Pourquoi aujourd'hui avait-elle entreprit de lui rappeler ses premiers pas sur le chemin de la sexualité ? C'était comme cela. Le choix paraissait avoir quelque chose d'arbitraire : elle devait avoir ses raisons Elle lui parla du temps où la "bête immonde" du désir assaillait sa chair torturée. Elle lui rappela comment, ce qui n'était alors qu'un cadeau de la nature dispensatrice de tous les bienfaits, était devenu, sous l'insidieux enseignement de ses éducateurs, tentations et le plus énorme des péchés Alors, l'attrait de la faute amplifiait le désir et devenait obsession. Dans les dortoirs du Petit Séminaire, les adolescents voués à la chasteté, avait beau égrainer fébrilement leur chapelet pour conjurer le sort : ils ne pouvaient résister aux troublantes et vaporeuses formes féminines qui se glissaient dans leurs rêves, à défaut de se glisser dans leur lit. Alors, des soupirs qui n'avaient rien à voir avec des élans de dévotion, s'échappaient de la tiédeur des draps, dans des grincements de sommiers significatifs. A cette évocation, un sourire amusé accentuait la fossette qui ornait la joue de Jean-Yves. C'était peut-être risible aujourd'hui, mais il savait combien, au cours de sa jeunesse, ces préceptes absurdes sur l'amour et ses manifestations, étaient plus qu'une absurdité, étaient un contre sens. Dieu avait-il perdu la tête, en inventant la nature humaine ? Il aurait soi-disant créé l'homme à son image, en le dotant de toutes les perversions qui se conjuguent avec le verbe aimer ! Vraiment, la bêtise des Hommes d'Église n'avait pas de limite !
Ces enseignements contre nature avaient laissé au fond de lui des marques indélébiles, sous formes de complexes et ajoutaient des complications, là où tout n'aurait dû être qu'harmonie. De là son attitude un peu guindée à l'approche de la féminité. Pour se défendre contre cette évidence, il avait pris l'habitude d'habiller ce complexe sous les oripeaux de l'ironie, si ce n'est, chose plus grave, en se dissimulant derrière une attitude machiste, qui ne cadrait pas avec sa nature profonde. C'était sa façon de cacher une bien réelle détresse.
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Jean-Yves s'étonnait lui-même de ces fréquents retours en arrière, qu'il trouvait, somme toute, pleins de richesses. C'était devenu comme une drogue, ce besoin nouveau de remonter aux sources. Quand la petite voix intérieure se taisait, il sollicitait ses bavardages. Sans s'en rendre compte, il ajoutait à sa démarche une autre dimension : une attirance vers une spiritualité nouvelle. Il ne s'agissait plus de ces pâles "bigoteries" de façade, qui obligatoirement jalonnaient les enseignements bien ciblés de sa jeunesse. Dieu avait envahit avec bonheur son espace. Il le sentait partout ! Ce n'était plus l'image sacro-sainte de ces crucifix plantés aux quatre coins de la vie des humains, comme le signe unique d'une douteuse rédemption. Dieu ? C'était ces petits matins pleins de douceur, cette fleur d'ajonc qui décorait la lande, c'était ce chant qui montait du bas de la falaise, dans lequel se mêlaient les caprices du vent, le ressac des flots et le cri des oiseaux de mer. Dieu ? C'était ce silence dont il était friand et qui remplissait son âme d'une sérénité presque sensuelle. Il L'avait découvert au plus profond de ses solitudes : compagnon presque palpable de ses quêtes d'absolu. Il reconnaissait son Amour dans celui de ses attaches terrestres. C'était un Dieu presque païen, plus en harmonie avec sa condition d'homme.
L'amour, qu'il ressentait pour Irène, n'était qu'un souffle de la mansuétude divine : un cadeau du Ciel ! Il ne comprenait pas toujours les desseins de la Providence, mais il en acceptait les règles non-dites Il était (comment peut-on dire ?) une infime parcelle vivante de cette création qui n'est qu'enchantement. A cette pensée, il n'en ressentait que plus de modestie. Il se posait souvent des questions sur la mission dont il était investi. Qu'importe si sa relation avec Irène lui posait quelques problèmes. Son Dieu en avait décidé ainsi : Il devait avoir ses raisons.
Jean-Yves se reconnaissait dans cet ermite de Patmos si peu conventionnel et pour cela si attirant. Il se prenait à calquer sa propre image sur cet être d'exception dont il devait assurer la pérennité. C'était même plus que cela. Il se devait de reprendre à sa charge les trésors accumulés par Talamos, pour les enrichir de ses propres découvertes.
Ainsi va le monde ! Vous est-il arrivé de contempler un ciel d'été ? Prises par unités, ces petites lucioles anonymes que sont les étoiles risqueraient de ne pas attirer notre regard. Mais ces perles de la nuit ont su se réunir en des myriades de colliers pour s'offrir en spectacle à nos yeux éblouis. La beauté de la nature est l'accumulation de milliards de petits riens L'existence humaine n'a de valeur que dans l'échange d'innombrables parcelles d'amour et c'est à ce prix que nous rejoignons l'oeuvre de la Création.
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La petite église du bourg n'était pas rancunière. Elle ouvrait volontiers ses portes à cet homme qui dans son adolescence avait fréquenté ses autels de la manière la plus dévote et qui se plaisait encore à venir rechercher l'ombre de ses voûtes, malgré son hostilité affichée vis à vis de la religion. C'était la Maison de Dieu. A ce titre, elle était toujours disposée à l'accueillir.
Jean-Yves aimait venir y poursuivre ses méditations. Il s'y sentait bien, tout simplement. Il se surprenait à mesurer le chemin parcouru depuis le premier jour où il avait franchi son seuil. Il y retrouvait les odeurs humides de ses vieux murs, la rudesse de ses bancs, les lueurs diffuses que filtraient les vitraux colorés du chœur : toute une ambiance un peu désuète qu'il était difficile de définir. C'était son havre de paix, différent de celui du Tertre. Il y ressentait davantage une présence divine plus confinée, mais presque plus réelle.