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Livre II : La Rivière des Pluies

Chapitre 13




Au moment d'embarquer dans l'avion, Jean-Yves se retourne et regarde une dernière fois sa montagne. Un oeil exercé pourrait distinguer tout là-haut une minuscule tâche blanche à la limite des contreforts. C'est l'école des "Hauts". Une femme est restée dans ce coin isolé de tout et de tous. Sera-t-elle capable de redonner une nouveau sens à sa vie ? Saura-t-elle écarter les vieux démons qui l'assiègent ? Il était venu vers elle plein d'espérance et le cœur plein d'amour et il s'était brûlé les ailes au brasier de sa folie. Il imagine à quelques pas de là une case fleurie dans laquelle il a laissé une partie de son âme et un vieux Créole à la limite du désespoir. Qu'il faisait bon vivre dans ce Jardin d'Eden ! Il repart la tête pleine de souvenirs qui resteront à jamais gravés dans sa mémoire. Un certain matin, sans crier gare, son oiseau des îles s'était envolé. Il n'avait pu le retenir. Il lui reste le goût amer d'un amour à peine construit. Peut-être y avait-il une certaine impudeur à se sentir si insolemment heureux. A ce moment, il a l'impression presque palpable qu'Anne-Lise est à ses côtés et qu'elle le tient par la main. Elle accompagne ses pas qui se traînent sur la piste d'envol, comme s'ils avaient du mal à s'arracher à cette île tant chérie et maintenant si inhospitalière.

Les réacteurs du 747 accumulent leur énergie en sifflant des fureurs qui l'arracheront tout à l'heure à ses rêves avortés. Résigné, il prend place dans les entrailles du monstre qui va avoir pour mission de le propulser vers un autre avenir. Lorsque le long-courrier s'est désolidarisé du béton de la piste, Jean-Yves s'est bouché les oreilles et a fermé les yeux pour ne pas se laisser envoûter par le chant des Sirènes qui émanait encore de ce rocher maudit et tentait de le retenir.

Jean-Yves n'a pas revu Marion, au moment du départ. Elle avait préféré éviter le moment des adieux. Après leur dernière rencontre, il était clair qu'ils s'étaient tout dit et qu'ils avaient tiré un trait sur leur histoire avec une certaine sérénité.

Après des mois d'absence et une nuit présumée sans sommeil, il allait revenir à son point de départ. Quelles leçons pourrait-il tirer de son incroyable aventure ? Sans qu'il s'en rende compte, s'était un échec, mais qui devait obligatoirement s'inscrire dans les méandres de ses vies successives. Il n'avait pas encore conscience qu'il pouvait avoir quelques liens avec un certain Talamos égaré, dans un autre temps, sur un autre piton rocheux. Cyrénée lui avait-elle apporté sous les traits d'Anne-Lise, une part de sa passion tragique? Moïse, ce Calydon à la présence discrète, ne déparait pas non plus dans ce décor. Jean-Yves se demandait s'il lui serait donné, un jour, de finir de tisser la trame d'une histoire qui ne pouvait pas se terminer ainsi.



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